8èmes rencontres Cap Lecture d’Erbalonga: « L’île que nous savons… » ( Jean Guy Talamoni; éditions Sammarcelli)

Les 28 et 29 juillet derniers se tenaient les 8e rencontres « Cap Lecture » d’Erbalonga.

À l’occasion de ce rendez-vous littéraire, Jean Guy Talamoni présentait un essai sur Paul Valéry, intitulé « L’île que nous savons… » selon les mots du poète lui-même.

Au travers de ce titre évocateur transparaît toute la complexité des rapports du grand écrivain avec la Corse, faits, entre autres, d’un éloignement qui n’empêche ni la présence dans la pensée, voire dans l’inconscient, ni une certaine influence dans l’expression et l’écriture.

Jean Guy Talamoni, de manière méthodique et concise, rassemble, au fil de quelques 46 pages, les éléments qui permettent de se « réapproprier   ce qui nous revient » de la « corsité » d’un auteur qui, lui-même, au gré de ses correspondances, s’y réfère plus ou moins directement: « Né d’un Corse, j’ai souvent senti en moi le sang de notre race ; j’en ai senti souvent l’esprit dans ma pensée et dans mon coeur ; esprit que je n’ai pas puisé directement dans l’île, mais dont j’ai reçu l’émanation, la tradition par l’exemple de mon père corse et par l’éducation qu’il m’a donnée… »

Il y a assurément, chez Paul Valéry, Corse par son père, Génois par sa mère, des éléments de pensée et parfois même de vocabulaire et de syntaxe hérités de la langue et de la culture corses. C’est ce que Jean Guy Talamoni met en lumière dans son ouvrage, qui pourrait ouvrir de nouvelles voies de recherches, y compris dans le cadre de travaux universitaires. Ces recherches, Jean Guy Talamoni en a d’ailleurs initié ici un certain nombre, dont les échanges épistolaires entre Paul Valéry et de nombreux Corses, comme la poétesse Diane de Cuttoli,ou Pierre Leca; le rappel de son implication au sein du groupe littéraire et artistique Kallisté, dont il fut l’un des présidents d’honneur aux côtés de Santu Casanova, Claude Farrère, Pierre Dominique, Émile Ripert, a également, à cet égard beaucoup d’importance.

Mais débattre à propos de Paul Valéry, tant son œuvre fut éclectique et sa pensée riche, c’est aussi s’intéresser à des problématiques très actuelles, comme l’avenir de l’Europe, et le nécessaire rééquilibrage nord-sud qu’il préconisait déjà à son époque. C’est envisager également le rôle de la Corse, définie comme de la « Surméditérranée », au sein d’une construction alternative qui viendra, espérons-le, au secours d’une Europe aujourd’hui en panne, et dont l’échec géostratégique autant qu’économique avait été prédit par Paul Valéry.

Ces échanges passionnants se sont déroulés sous la direction d’Eugène Gherardi, professeur à l’Université de Corse, qui a animé les débats, et dont il convient de souligner la précision et la pertinence des interventions. Les questions toujours essentielles de Régis Debray, écrivain et philosophe que l’on ne présente plus, ont largement dépassé le cadre de la seule littérature en nous invitant indirectement à préciser la nature de notre nationalisme. Quant à la présence de Patrick Boucheron, professeur au collège de France, elle confirmait la teneur et la qualité d’un rendez-vous toujours réussi dont les organisateurs méritent amplement félicitations et encouragements.

 

(C) Crédit Photo onmyway.fr

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