QUAND « DIEU » VEUT TUER L’ESPRIT DE NOTRE DAME DES LANDES

Trois mois après avoir abandonné la construction d’un grand aéroport, le Gouvernement veut faire le ménage à notre Dame des Landes.

Ainsi, ce ne sont pas moins de 2500 militaires qui ont envahi la campagne, et qui minutieusement « éliminent » les poches « de résistance » organisées par une centaine « d’irréductibles Gaulois ».

La couverture médiatique traitant de ce sujet, nous renvoie à des images d’Epinal de cette bataille des bocages, et cherche à orienter l’opinion Publique en lui proposant l’opposition de deux options : D’abord « l’ordre »  et son côté rassurant, représenté par la troupe, avec son lot d’hommes suréquipés, de véhicules blindés, d’hélicoptères et de drones … En face, « l’anarchie » voulue par quelques utopistes, pauvres culs terreux, adeptes de « la cigarette rigolote »  au coin du feu … Oui mais voilà, cette lutte n’est pas la caricature que l’on voudrait nous faire croire.

La disproportion, la démesure, avec lesquelles « Dieu » traite le sujet, en dit long sur le caractère éminemment  politique de la chose, car ce qui se joue à notre Dame des Landes, n’est rien de moins qu’un combat idéologique entre deux options en antinomie.

Derrière « l’ordre », se cache un modèle économique dont la grille de lecture n’est autre que celle d’une agriculture, aux normes établies par les financiers et les technocrates.

Ainsi, le productivisme à outrance, son lot de terres gorgées de pesticides, ses élevages gavés d’antibiotiques, qui font le bonheur de l’industrie chimique et pharmaceutique, ces intermédiaires suppo de la grande distribution, qui margent en étouffant les producteurs, et en saignant le consommateur, sont sacralisés par les tenants du pouvoir, par ceux-là même qui font de la globalisation, un sujet et un objectif qui relèvent pour eux de la théologie.

En face, « l’anarchie », des altermondialistes qui, sur quelques hectares de terre, veulent faire la démonstration, que produire n’est pas détruire, que cela peut se faire de manière mesurée, en respectant les hommes et la nature, qu’une activité économique lorsqu’elle a une dimension sociale, peut servir l’homme et son émancipation dans une évolution sociétale, qui le libère des dominations voulues, par les apôtres de l’argent roi.

Et c’est là que les choses deviennent insupportables pour « Dieu », c’est quand la contestation arrête de contester par principe, c’est quand elle fait la démonstration, par des éléments factuels, qu’un autre monde que le sien est possible, que d’autres règles que celles du fric peuvent organiser la société, … « Dieu » panique car pour lui,  contester son paradis c’est s’attaquer à l’ordre établi qu’il veut incarner.

Ainsi, certains osent imaginer un monde où partager de manière mesurée et équitable la vraie richesse, celle obtenue par un travail en commun, pour un avenir en commun, ne relève plus d’une chimère.

Constatons que chaque fois que des Hommes se sont élevés pour atteindre un niveau d’autonomie organisationnel, d’indépendance alimentaire, politique, institutionnel, « l’ordre » des dominants s’est opposé à eux.

Hier, sur le plateau du Larzac, aujourd’hui à notre Dame des Landes, mais à travers le monde aussi, nombreux sont les exemples. Je citerais parmi tant d’autres la lutte des Zapatistes du Chiapas qui, sur des bases idéologiques altermondialistes dont la proximité ne souffre d’aucune ambiguïté avec celle des Zadistes, ont eux aussi à subir la répression de l’Etat Mexicain.

C’est donc ici ou là, un combat pour la possession de la terre qui se livre. L’enjeu, organiser une vie économique et sociale autour d’elle et par elle.

Posséder sa terre est donc la pierre angulaire de la liberté d’un Peuple, et pour conclure cette tribune, je fais miens les propos du Sous-commandant Marcos, qui nous rappellent à juste titre, « que la terre appartient à ceux qui la travaillent, et qui la portent sous forme de boue accrochée à leurs bottes … »

Alain Mosconi

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