Situation du processus de paix au Pays Basque, et des prisonniers politiques basques

Ci-dessous un résumé transmis par Xabi Larralde de son intervention aux Ghjurnate di Corti 2017.

Le 17 octobre 2011 avait lieu sous la présidence de Kofi Annan la Conférence internationale pour la Paix au palais d’Aiete à Donostia (Saint Sébastien). Suite à cette conférence internationale, l’ETA annonçait le 20 octobre 2011 l’arrêt définitif de ses actions armées. Depuis 2011 on ne peut pas dire que rien n’ait bougé sur la question des prisonniers politiques basques, puisque nous sommes passés de 700 prisonniers à 324, 249 dans l’Etat espagnol, 69 dans l’État français, 5 au Pays Basque et 1 à l’étranger. Mais dans leur grande majorité les prisonniers qui ont été libéré après avoir purgé l’ensemble de leur peine, ou suite à une décision européenne remettant en cause les procédures espagnoles (doctrine dite “Parot”). Ainsi, le constat qui s’impose est que depuis l’arrêt définitif de la lutte armée de l’ETA, les Etats français et espagnol n’ont pas modifié leur politique pénitentiaire. En ce qui concerne l’Etat français, les mesures de dispersion et d’éloignement des prisonniers politiques basques sont maintenues, les demandes de liberté conditionnelles systématiquement refusées, des prisonniers gravement malades ne sont pas libérés… Face à ce constat, le décès cet été du prisonnier Kepa del Hoyo a mis à nouveau en exergue la situation d’urgence des prisonniers, et son caractère d’extrême gravité. Comment comprendre cette situation ? La réponse à cette question requiert un petit retour en arrière pour caractériser le changement de stratégie mis en œuvre par la gauche indépendantiste basque depuis 2011. Ce changement de stratégie se comprend en référence à une réflexion que formulait un dirigeant historique de l’ETA dénommé Argala (assassiné par des barbouzes espagnols en 1979) selon laquelle “ni l’ETA, ni quelconque organisation aussi puissante qu’elle soit ne pourra résoudre les problèmes du Peuple basque ; il appartient au Peuple lui-même de résoudre ses problèmes”. En quelque sorte le changement de stratégie opéré avec la fin de la lutte armée fait écho à cette réflexion dans le sens où, dans le contexte de la plus grave crise de l’Etat espagnol depuis la fin du franquisme, il est apparu nécessaire pour arracher le droit à l’autodétermination de structurer dans la société basque une dynamique souverainiste majoritaire. Les catalans ont depuis illustré avec force la forme que pourrait prendre une telle dynamique, et le potentiel politique dont elle est porteuse. Et c’est ainsi que l’Etat espagnol a interprété la fin de la lutte armée en Pays Basque, c’est-à-dire comme l’ouverture d’une nouvelle phase politique visant à créer les conditions d’une brèche vers l’accession à l’indépendance d’Euskal Herria. A un moment où l’intégrité de l’Etat espagnol est en jeu, Madrid s’est positionné frontalement contre toute avancée du processus de résolution du conflit en Pays Basque, en réclamant de la France un alignement sans faille sur cette posture. Le blocage total et violent du processus de paix a un objectif simple : créer et amplifier au maximum les tensions et contradictions internes à la gauche indépendantiste pour neutraliser sa capacité d’initiative dans l’activation d’une offensive souverainiste. Clairement, les prisonniers politiques sont donc les otages du processus politique qui se joue aujourd’hui. Il s’avère qu’au Pays Basque Sud, alors que les mobilisations en faveur des prisonniers sont incessantes et massives, le Parti Nationaliste Basque s’est positionné en compagnon de route du gouvernement de M. Rajoy (PP), en lui octroyant récemment la majorité qui lui était nécessaire pour faire passer son budget à Madrid. En Pays Basque Nord, une feuille de route pour la libération intégrale des prisonniers est formalisée depuis plusieurs années (déclaration de Bayonne de 2014, incluant la demande d’amnistie), et fait l’objet d’un très large consensus au sein de la classe politique. Une campagne offensive en faveur des prisonniers politiques basques est planifiée pour cet automne, avec pour objectif de faire bouger le nouveau pouvoir français. Elle aura pour point d’orgue la manifestation du 9 décembre prochain sur Paris.

Xabi Larralde

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